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Commerce équitable

Expériences dans le vrai monde                

Le commerce équitable est à la mode. L'idée de rendre le monde plus juste en achetant un produit qui aide les producteurs des pays en développement a beaucoup plu. En quelques années, les produits "équitables" sont passés des étagères des boutiques spécialisées aux rayons des grandes surfaces !!!

Il y a deux raisons essentielles à cette remarquable avancée : la réussite des stratégies médias des entreprises leaders de ce secteur et le désir du consommateur occidental de se sentir socialement responsable du devenir des populations défavorisées des pays du sud et plus largement de l'avenir de la planète.

L'introduction de l'éthique dans la relation commerciale, le changement de comportement de certains consommateurs et l'accroissement rapide des quantités de "marchandises équitables" ont attiré l'attention des autorités économiques et politiques. Outre l'évolution de leur discours sur l'organisation du commerce international, elles ont réformé leur pratique. Alors que traditionnellement la totalité de leurs subventions allaient directement dans les caisses des pays sous-développés, elles ont voulu aider les associations et entreprises occidentales qui effectuaient un travail de fond dans les pays du tiers-monde. Notamment celles qui inscrivaient leurs actions dans des programmes de promotion d'un développement durable.

Cette évolution a également intéressé les services de la répression des fraudes. Les médias s'y sont mêlés. Les inspecteurs et les journalistes ont enquêtés. Ils ont remarqué que le commerce équitable recelait aussi sa part d'ombre. Ils ont mis à jour des disfonctionnements et quelques mystifications tant dans la qualité des produits que dans les pratiques sociales. De nombreuses entreprises, et pas des moindres, avaient flairé le "bon filon". Il suffisait de distribuer un produit auto-labellisé équitable pour en retirer les profits.

Face à ces abus, les autorités des pays européens ont réagit en ordre dispersé. En France, une loi a été votée. Son but : définir les "bonnes" pratiques du commerce équitable. Elle prévoit la mise en place d'une commission chargée de contrôler les acteurs de ce secteur, de leur fournir une accréditation de l'état et, peut-être de créer un label générique.

Personnellement, je ne crois pas à l'efficience d'un label unique... il y a des dizaines de manières de faire du commerce équitable !

Mais au-delà, lorsque l'on sait que les hypermarchés (ceux là même qui ont détruit des milliers de petites entreprises) distribuent les plus gros volumes de marchandises étiquetées "équitables", on peut se demander si le consommateur est bien informé. S'il n'est pas conditionné et manipulé... Et si le concept de commerce équitable n'est pas déjà entré en phase de "récupération".

Néanmoins, je pense que l'idée de mettre de l'éthique dans les échanges avec les pays en développement peut encore faire son chemin.

Sur cette page, je décris ce qui est mal connu du consommateur. Tout ce qui se passe en amont. L'essence même du commerce équitable : les relations qui mènent à l'échange entre des producteurs du tiers-monde et un acheteur occidental avec ses valeurs et ses convictions.

Voici mon expérience d'acheteur d'oeufs de mulet sur les côtes africaines... Une sorte de blog annuel.
... Que du vécu.

Précision : pour des raison de sécurité, la situation géographique des lieux reste volontairement approximative, et les patronymes des personnes rencontrées ne sont pas mentionnés.

“Quiconque travaille à droit à une rémunération équitable lui assurant, ainsi qu’à sa famille, une existence conforme à la dignité humaine”. (article 2 de la déclaration des droits de l’homme)

Campagne 2003.

Les oeufs de mulet proviennent souvent des pays sous-développés. Depuis des années, je suis conscient aussi bien des enjeux écologiques de l’exploitation des mers que de ma responsabilité économique vis à vis des populations qui tirent leur revenu du poisson.

Les associations qui militent pour le développement durable ne sont guère présentes sur les lieux de pêche. Pourquoi ? Les raisons sont innombrables ; il serait trop long de les exposer ici...

Conséquence, sur les marchés occidentaux : aucun label “commerce équitable” n’existe pour les produits de la mer. Néanmoins, Boutargueonline met en pratique, à son échelle et selon ses moyens, les principes essentiels du commerce éthique en privilégiant les achats directs aux pécheurs, et en refusant toutes transactions avec les établissements qui emploient des enfants.

En réalité, le plus important dans mon approche du commerce éthique, c’est ma perception de la transaction commerciale. Je la considére non pas comme la simple acquisition d’une ressource naturelle, mais comme un véritable échange, que j'essaye de perénniser, avec des personnes auxquelles je m’intéresse au présent et au futur.

photo : M. Bernardon

Mais cela ne se passe pas toujours ainsi.

Sur un quai ou s’échange le poisson, on est confronté à des situations qui rappellent que le commerce est ce qu’il a toujours été : un rapport de forces.

Dans le domaine des oeufs de mulet, ce rapport n’est pas toujours favorable à l’acheteur occidental ; loin de là. Parfois, il lui est même très défavorable. Et, dans de telles circonstances, les pécheurs et mareyeurs savent profiter de leur pouvoir de négociation. Dès lors l’acheteur est tenu de se souvenir qu’il évolue en système concurrentiel. En somme, pour faire du commerce équitable il est préférable d'être en position de force.

Sans nul doute, le mode d’emploi universel du commerce équitable reste à inventer.

En ce qui me concerne, le niveau de bien-être apparent du vendeur est un des élément qui fait que je suis plus ou moins généreux. Et si on me dit que cela ressemble à un prix fixé à la "tête du fournisseur". Je réponds que c’est la seule manière de faire le meilleur usage de mes ressources.

En fait, lorsque j' achète des oeufs de mulet, je fais du commerce éthique improvisé et inorganisé.

Et oui, être acteur de l'économie solidaire n'est pas si facile !!!

photo : Serge Monfrère

"Quiconque détient un pouvoir, a peur de le perdre"

Obi-one Kenobi

Campagne 2004/2005

Les expériences se multiplient. Cette année j'ai passé 5 semaines en Afrique. Un peu plus au sud que l'année dernière. J'ai travaillé et discuté avec toutes sortes de personnes actives sur la filière pêche.

Au contact des pécheurs j'ai vite compris qu'il était très difficile de leur faire entrevoir une relation commerciale suivie profitable à tous. Manque d'informations, manque de structures, manque de volonté. Vision restreinte de l'industrie de la pêche, méconnaissance du concept de commerce équitable, ressentiment général vis à vis des nantis. Bref, sur les débarcadères c'est une relation commerciale "classique", plutôt sympathique ; parfois matinée d'un éventail d'embrouilles et de mesquineries. Comment en pourrait-il être autrement?

Les pêcheurs sont tellement préoccupés par leur vie au jour le jour qu'ils ne peuvent envisager le moyen ou le long terme. Pour eux, tout est précaire. La vie, la pêche. Même le poisson. Ils savent que la mer est surexploitée... Ils sont là aujourd'hui, peut-être seront-ils ailleurs demain. Dans cette Afrique, ils veulent profiter de l'instant, tirer avantage de la saison du mulet. Il existe bien des coopératives de pêcheurs. J'aurais bien voulu travailler avec elles. Je me suis entretenu avec certain de leurs membres. A l'évidence, ces associations ne sont pas opérationnelles. Elles existent au stade embryonnaire. Leur seul signe tangible de réalité : un numéro de téléphone portable !

photo : Boutargueonline

Quand j'ai commencé à acheter des oeufs de mulet, quelques personnes gravitant autour du poisson et des pécheurs, sont venus vers moi. Ils m'ont expliqué de manière diplomatique que quelques entreprises exportatrices n'appréciaient pas la concurrence. Rien que ma présence était un facteur de hausse des prix. Bien sûr, elles étaient motivées par "l'intérêt général". Tellement de familles tirent leurs revenus des oeufs de mulet...

En fait, ceux qui disposent des équipements de stockage, des contacts avec les firmes occidentales et d'un savoir-faire en matière d'exportation sont les éléments dominants. Ils fixent les modalités des échanges et organisent le statu quo. Les pécheurs ne sont que des "sujets économiques". Leur pouvoir de négocier est tout relatif, la plupart étant soit débiteurs soit créanciers auprès des firmes exportatrices.

Comment m'approvisionner en ces lieux de concurrence faussée ? Cela a pris du temps. Il a fallut faire appel à une "entreprise d'assistance", établir des liens avec des pécheurs indépendants et faire preuve de beaucoup de pragmatisme. Mais j'y suis arrivé.

Quant à mon idée du commerce équitable dans le domaine des oeufs de mulet, elle n'a pas beaucoup évoluée. A mon échelle, je ne peux rien faire d'autre qu'aider ponctuellement ceux qui m'aident. Faire plus, c'est à dire jeter les bases d'une vraie coopération, est pour l'instant inenvisageable. Les conditions ne sont pas réunies.

Les taxes à l'exportation sont extrêmement élevées. Les contacts avec l'administration sont difficiles. Les règlements sont flous. Les procédures sont pénibles. Trop de personnes cherchent à en tirer avantage. En somme, je n'ai ressenti ni une réelle volonté de favoriser un commerce éthique ni un climat propice au développement durable... Néanmoins, d'un point de vue strictement personnel, dans cette "jungle", j'ai vécu une expérience exaltante.

Plus globalement, au niveau de la filière poisson, au fil de mes pérégrinations sur les plages et dans les ports, je me suis demandé si ce n'était pas la nature du produit, les spécificités de l'activité et les choix économiques et sociaux qui faisaient que les projets de commerce équitable restaient des projets.

Le poisson, contrairement au café ou à d'autres denrées agricoles, est extrêmement périssable, et surtout n'appartient à personne avant d'avoir été capturé. De plus, le pécheur artisanal est un individualiste, souvent insuffisamment instruit ; une sorte de nomade peu enclin à se mobiliser au sein d' associations ou de coopératives de travailleurs de la mer.

Pourtant, à n'en pas douter, les stratégies de développement durable passent par ce type de structures. Celles-ci doivent pouvoir intégrer la filière pêche-stockage-exportation. Ce serait pour les populations le seul moyen de sortir de leur économie de misère... On en est loin.

Les pouvoirs publics ont d'autres préoccupations. Face aux problèmes inhérents aux pays sous-développés (politiques, économiques, sanitaires, sociaux et ethniques), ils considèrent que l'organisation de la filière pêche est satisfaisante. Ou, tout du moins, que sa restructuration n'a rien d'urgent.

En fait, ils perçoivent l'océan comme une source de revenus immédiats et non comme un vecteur de développement. Leurs politiques de vente massive de licences de pêche aux armateurs étrangers qui ne font même pas transiter le poisson par les ports locaux en sont la preuve.

Peut-être pensent-ils que de toutes manières les stratégies de développement harmonieux sont voués à l'échec ; ou que leurs objectifs seraient éventuellement atteints qu'à très long terme, c'est à dire lorsque l'océan sera presque vide de poissons.

Oui ! La problématique est complexe.

Néanmoins, on pourrait imaginer que les institutions qui mettent en oeuvre des programmes d'aide au développement s'impliquent différemment. Les commissions européennes, qui pendant des décennies ont été si généreuses envers les propriétaires d'usines de congélation, au point que celles-ci sont en surcapacité ou même fermées, pourraient, par exemple, rediriger leurs subventions vers les pécheurs et les aider à "intégrer" la filière.

Est-ce si difficile, ou trop politiquement incorrect ???

photo : Boutargueonline

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"Il faut tenir les deux bouts de la vérité."

Montaigne

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Campagne 2005/2006.

Cette année, j'ai décidé d'aller un peu plus loin dans la mise en application des principes du commerce équitable. J'ai pensé que ma présence sur les plages n'était pas toujours indispensable. J'ai décroché mon téléphone et appelé trois personnes qui avaient déjà travaillé avec moi. Nous nous sommes mis d'accord sur le montant de leurs salaires (trois ou quatre fois supérieurs à ceux généralement pratiqués sous ces latitudes) et je les ai embauché pour collecter des oeufs de mulet. Composée d'un mareyeur et de deux préposés à l'emballage, cette équipe semblait motivée. Je lui ai transferré un capital et j'ai multiplié les conversations téléphoniques pour faire comprendre ce que je voulais exactement (quantité, qualité, poids, prix, conditionnement...). Dans le fond, cette équipe disposait d'une totale autonomie.

J'avais confiance, mais pas au point de rester en France et attendre la marchandise.

Un billet d'avion... et en route pour de nouvelles aventures africaines.

A mon arrivée, je me suis rendu sur le port. J'ai été dire un "petit bonjour" aux propritaires d'usine de conditionnement, aux mareyeurs et aux pécheurs que je connaissais. L'ambiance était morose. Tous se plaignaient de l'inflation, de la hausse du carburant et de la réduction des captures. Ils n'avaient pas besoin de le dire. Je l'avais remarqué. Le port était très calme. Puis j'ai fait un petit tour auprès des transitaires afin de glaner quelques informations sur les prix du transport et les taxes d'exportation.

Peu après je m'installais à proximité les lieux de pêche. Là je rencontrais le mareyeur que j'avais embauché. Après les salutations d'usage, nous nous sommes rendu dans les chambres froides. J'avais hâte de voir les marchandises et juger de leur qualité.

Les oeufs de mulet étaient bien rangés dans des containers isothermes. La qualité était bonne, conforme à mes standards. Quelques heures plus tard après complète inspection, j'avais éliminé de très nombreux oeufs qui n'avaient pas la taille, la qualité ou le poids requis. Le commerce équitable n'est pas seulement une question de confiance, il doit être fondé sur l'éthique ... celle-ci n'est pas toujours des deux côtés de la relation.

Les semaines suivantes nous avons poursuivi les achats. Rien n'avait changé. Ni l'organisation de la filière, ni les comportements de ses différents acteurs. Je notais simplement que les pécheurs autochtones passaient de plus en plus de temps en mer pour trouver le poisson et que quelques bateaux russes débarquaient des oeufs de mulet pour les troquer contre des yaourts, de la confiture et des conserves.

Au hasard de mon voyage, j'ai aussi rencontré un français, ex-patron pécheur. Expatrié depuis près de dix ans dans le sud marocain, il a dû se résoudre à abandonner la pêche... plus assez de poisson.

Pas grand chose à ajouter en ce qui concerne mon périple d'acheteur.

Parcontre, cette saison fut marquée par un gros souci. La marchandise était prète. J'avais en mains tous les papiers necessaires à l'exportation. J'étais satisfait. Je n'aurais pas du l'être.

La réglementation avait été recemment modifiée. Un contrôle des changes avait été institué. Peu en était informés. Ayant effectué des transferts de capitaux et changé mes euros dans différentes banques, aucun établissement bancaire ne voulait me fournir un agrément indispensable à l'exportation. C'est dans ces banques, surtout auprès des personnels d'encadrement, que j'ai notamment ressenti soit une certaine indifférence soit une évidente satisfaction à me voir face à un problème inextricable.

Biensûr les personnes qui m'avaient aidé dans les opérations d'achat et de conditionnement n'étaient pas qualifiées pour me sortir de cette situation. Mais, c'est l'Afrique... Ils connaissaient quelqu'un, qui connaissait quelqu'un, qui connaissait quelqu'un, qui pouvait me sortir de ce mauvais pas. Pendant une semaine, j'ai rencontré des personnes plus ou moins "bien placées" et plus ou moins bien intentionnées. Elles ont toutes fait fonctionner leurs carnets d'adresses et fait chauffer leurs téléphones. Sans résultat.

Finalement c'est un ami du propriétaire de l'hotel où je logeais qui m'a présenté un ex-fonctionnaire sachant où placer "l'huile" dans les rouages de l'administration. Et un soir, au bout d'une piste de l'aérodrome, je voyais mes colis mis en soute. Quelques minutes après j'embarquais dans le même avion.

L'Afrique va mal. A qui la faute ? Pas la mienne.

Je poursuis mon chemin sans dévier de mon éthique. Aucune des personnes qui a travaillé avec moi, ne s'est jamais plainte ni de sa rémunération, ni de ses conditions de travail. Et, à la fin de la saison, on m'a même dit : "comment tu peux repartir, et nous laisser ici ?"... Cette phrase résume tout.

Mon activité permet à quelques personnes de vivre mieux là ou elles ont leurs racines. Elle leur procure une rémunération décente, une certaine stabilité et une moindre dépendance vis à vis des exportateurs autochtones. Mais la saison des oeufs de mulet ne dure que quelques semaines... Et je n'ai pas vocation à m'établir en Afrique équatoriale.

La seule véritable avancée vers un commerce équitable nord-sud serait la création de partenariats entre des pécheurs du sud et importateurs multi-espèces du nord. Ce qui impliquerait la mise sur la touche de tous les intermédiaires. Dans une région où la filière pêche est un "domaine réservé", cette évolution est peu probable... Trop d'enjeux économiques et sociaux. Je n'affirme pas que le commerce équitable dans le domaine des produits de la mer en Afrique n'est pas possible. Je considère simplement qu'un projet de commerce équitable d'envergure ne pourrait être mené à bien sans l'appui et la bienveillance des autorités politiques.

Toutefois, dans la problématique générale des pays en voie de développement, il ne faut pas s'illusioner sur l'importance du rôle que pourrait jouer le commerce équitable. Sur la filière pêche, le développement durable passe surtout par la réduction des ventes de licences aux armateurs étrangers et par l'aide à la pêche artisanale. Par exemple, des formations pourraient être dispensées en vue de mieux valoriser le poisson et des subventions pourraient être accordées aux coopératives de pêcheurs qui s'équipperaient de camions frigorifiques pour distribuer leurs produits sur une plus large étendue de territoire. Car, une politique de developpement n'a de valeur que lorsqu'elle a pour objectifs de réduire le chômage et de combattre la mal-nutrition.

photo : Boutargueonline

Ma tentative de commerce équitable est une goutte d'eau dans l'océan. Néanmoins, elle a le mérite d'exister. "Je ne veux voler personne, mais je ne veux que personne ne me vole", c'est ma devise. Je l'ai répété des dizaines de fois aux pécheurs, mareyeurs, transporteurs, transitaires... Cela met tout de suite les choses au point. Tout le monde comprend que j'ai une certaine expérience et que je désire échanger des oeufs de poisson contre de l'argent dans un climat de respect mutuel.

Mais au fur et à mesure que je passe du temps sur cet autre continent, à rencontrer des gens d'une autre culture, à travailler avec eux, à partager un thé ou un repas, j'ai le sentiment que rien ne bouge. Le commerce équitable fait du surplace

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"Celui qui, a cinquante ans, a la même vision du monde qu'à vingt a perdu trente ans."

Muhammad Ali, ex-champion du monde de boxe

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Campagne 2006/2007.

J'étais optimiste. Confiant. Je ne me rendais plus en terre inconnue. J'étais même heureux de quitter Paris. D'abandonner mes habitudes de sédentaire. De redevenir un nomade.

A peine arrivé, je me rendais sur les débarcadères. En une heure, je renouais les contacts. Dans cette nuit tropicale au bord de l'océan, beaucoup de monde... pas beaucoup de poisson. Tous ces gens sur une plage, hommes, femmes, enfants, attendaient.

Déjà une heure du matin. Toujours rien. Et toujours autant de monde.

Je discutais avec un mareyeur avec qui j'avais travaillé l'année dernière. Il me disait qu'il avait investit dans une pirogue. Mais que, pour l'instant, il perdait de l'argent. J'avais du mal à le croire. Puis quelques embarcations accostèrent. Mon ami mareyeur vit arriver son équipage. Deux des hommes portaient une caisse qu'ils déposèrent à ses pieds. Six mulets... c'était la pêche du jour. Le dialogue fut quasi-inexistant. Il n'y avait rien à dire.

Certains expliquaient cette pénurie par la défection des meilleurs pécheurs, partis clandestinement vers l'Europe. D'autres évoquait la chaleur. Il faisait trop chaud, et les mulets avaient modifié leurs habitudes. D'autres encore pensaient que les bateaux chinois, qui pêchaient au large, en étaient les principaux responsables.

Alors je restais sur cette plage et comme tout le monde, j'attendais.

Bien sûr, la rareté des captures avait fait grimper les prix. En ce début de saison, les oeufs de mulet étaient 30% plus chers qu'en fin de saison dernière. Il y avait de quoi se poser des questions. Mais ce n'était pas le moment... Quelques pirogues déchargeaient des mulets, et il fallait presque se battre pour en acheter.

Le lendemain je comprenais un peu mieux ce qu'il se passait. La physionomie du marché avait considérablement évoluée. Alors que l'année dernière une entreprise autochtone, qui intervenait pour le compte d'un acheteur asiatique, "tenait" les prix, et que j'étais le seul acheteur européen, cette année les acheteurs étaient beaucoup plus nombreux et disparates. Il y avait deux gros fabricants de boutargue du sud de l'Italie, des entreprises locales qui tentaient d'honorer des commandes venues de Grèce et d'Espagne, et quelques personnes, investisseurs à la mode africaine, qui achetaient des oeufs de mulet pour spéculer, comme ils auraient acheté toutes autres matières premières relativement facile à stocker.

Cette spéculation, qui se faisait sur des quantités relativement faibles, ne jouait qu'un rôle mineur dans la dynamique des prix. La concurrence que se livrait les italiens en était le moteur. Sur ce marché éphémère, chaque tonne de mulets était disputée. Une mini-vente aux enchères avait lieu à chaque débarquement . Ainsi toutes les nuits les prix augmentaient.

A l'évidence, les italiens disposaient d'énormes capitaux. L'augmentation des prix ne semblait pas les gêner. Les pécheurs étaient ravis, et les manutentionnaires, découpeurs et autres travailleurs du port, souvent rémunérés en poisson, profitaient des circonstances.

De mon coté, j'achetais les oeufs sortis des poissons qui avaient servi de rémunération. J'offrais une prime à tous ceux qui m'en apportaient régulièrement. Si j'avais agit autrement, je crois que mes achats auraient été très laborieux, les gros acheteurs ayant mis au point un système de bonus difficile à contrer... Ici, personne ne faisait de cadeau. La seule valeur était sonnante et trébuchante.

Au fil des nuits je constituais mon stock. J'étais assez satisfait de mon travail. En multipliant les achats de petites quantités, j'aidais les travailleurs les plus pauvres, [ ce qui doit être le principe de base du commerce équitable ] et, au fur et à mesure des échanges, je leur transmettais quelques connaissances indispensables au traitement du poisson. Je voulais surtout leur faire comprendre que le processus de fabrication de la bonne boutargue commence en mer, dès la capture ; et que le respect de la chaîne du froid est essentiel. C'était mon "combat" pour la qualité.

Je m'étais installé dans une certaine routine. De nombreuses heures d'attente. Jamais beaucoup de poisson. Des prix qui montaient régulièrement. Puis un soir, en arrivant au port, je senti qu'il se passait quelque chose d'inhabituel. Aucune embarcation n'était encore rentrée, mais les lampes à gaz éclairaient déjà les tables de découpe. Sur les bancs des restaurants improvisés, les conversations étaient animées et bruyantes. Sur la plage, une trentaine de femmes, venues acheter des carcasses dans l'espoir de les revendre au détail le lendemain en ville, tenaient une sorte de réunion syndicale. En bord de mer les débarqueurs, plus nombreux qu'à l'ordinaire, scrutaient la nuit.

Un point de lumière apparut au loin. Quelques minutes plus tard une barque entrait au port. A voir sa ligne de flottaison, elle était très chargée. Son moteur fut coupé et elle dériva jusqu'au rivage. Un attroupement s'ensuivit. Les pécheurs et les hommes responsables du déchargement entourèrent la barque. Leurs lampes de poche éclairaient la cargaison. Les adolescents connus pour leur habilité à subtiliser les poissons étaient écartés. Dans la bousculade une querelle entre débarqueurs à la recherche de travail faillit dégénérer. Enfin, la foule s'éclaircit et le déchargement pu commencer.

D'autres barques arrivèrent, toutes aussi chargées. Certaines contenaient 6 à 8 tonnes de mulet. C'était incroyable. Tout le monde s'activait. Même ceux venus quémander un poisson touvaient leur bonheur. Trois heures plus tard, il y avait du mulet partout. Des montagnes de mulets. Je n'en avais jamais vu autant. Oubliées les raisons évoquées pour expliquer la pénurie des nuits précédentes. Certains affirmaient même que cette nuit marquait le véritable début de la saison. L'atmosphère était à l'euphorie.

Cet afflux de poissons avait pourtant un inconvénient majeur : la qualité ne suivait pas. Pas assez de glace. Pas assez de personnel qualifié pour traiter sans délais tous ces poissons. Pas assez de moyens de transport. Dans ces conditions, je n'achetais pas plus d'oeufs que les autres nuits. Et j'allais me coucher plus tôt que d'habitude.

photo : Boutargueonline

D'un point de vue économique, le marché avait réagit bizarrement à cette surabondance de produits. Il avait dérogé à la loi de l'offre et de la demande. Les carcasses étaient quasiment données, mais le prix des oeufs avaient encore grimpé de 10%. On en était à 60% d'augmentation par rapport à l'année dernière !

Les nuits suivantes furent calmes. La fête s'était achevée aussi soudainement qu'elle avait commencée. Je m'installais à nouveau dans la routine jusqu'au moment où je considérais que mon stock était suffisant. Je réglais les salaires de l'équipe d'ouvriers qui, tous les matins, à l'usine, avaient travaillé au nettoyage et à l'emballage des oeufs. Ce moment fut extraordinaire car les billets semblaient irradier du bonheur. Il attestait que cette modeste expérience de commerce équitable n'était pas vaine.

A tous je disais "à l'année prochaine".

J'étais fin prêt à rejoindre la capitale et son aéroport.

Les années précédentes, je faisais transporter la marchandise par une compagnie aérienne régionale. Je la récupérais sur l'aéroport de la capitale. Le service était exécrable et cher. Cette année je décidais de la faire voyager par la route.

Je contactais un transporteur longue distance. Rendez-vous à 23 heures. En Afrique équatoriale, il fait tellement chaud qu'il vaut mieux rouler "à la fraîche". On charge le camion, tout va bien. Une belle nuit, la lune au zénith et des milliers d'étoiles. Premier contrôle. Gendarmerie. Le chauffeur tend quelques billets, on passe. Il me dit : "ici les fonctionnaires ne sont pas bien payés, ils ont besoin d'un complément de salaire." Deuxième contrôle. Police territoriale, même topo. Troisième contrôle. Police maritime. Pourquoi ? On est au moins à dix kilomètres de l'océan, au milieu de nulle part. Le chef est dans une cahute sans éclairage. Le chauffeur va le voir. Passeport, factures et autres documents sont examinés à la lueur d'une torche électrique. Le chauffeur revient : "il manque l'autorisation d'exporter." J'explique qu'il ne faut pas d'autorisation d'exporter puisqu'ici il n'y a pas de frontière. Le chauffeur me répond : "c'est pas le problème, il veut de l'argent." Je donne une belle somme. Cinq minutes plus tard le chauffeur revient. "Il veut le double." Je donne le double. Dix minutes plus tard le chauffeur revient avec l'argent et me dit : "il a changé d'avis, il ne veut pas d'argent, il veut l'autorisation d'exporter"...

Demi-tour. J'étais furieux... contre moi-même. Le patron de la compagnie de transport m'avais assuré qu'il n'y aurait aucun souci. Et je n'avais pas vérifié l'information. Retour à l'usine. Réveil du gardien, ouverture de la chambre froide. La marchandise n'avait pas souffert et c'était l'essentiel.

Le lendemain j'allais demander des explications au chef de la police maritime. Dans son bureau, il m'offre le thé. Il me dit : "Nous essayons d'endiguer à un traffic trans-frontalier. On s'est rendu compte que des étrangers font sortir illégalement du pays soit des oeufs de mulet, soit des mulets non vidés. L'état ne peut se permettre un manque-à-gagner en devises et en taxes sur une de ses richesses naturelles. C'est pour cela que nous avons installé un poste de contrôle sur la route, et que les oeufs de mulet peuvent sortir du pays seulement par bateau." Je lui réponds : "Je ne fais aucun traffic et cela fait trois ans que j'exporte direct vers Paris par avion." Il décroche son téléphone, se renseigne et me dit : "Effectivement, vous pouvez exporter par avion. Mais pour le transport de marchandises sensibles par la route, il y a une procédure, et vous ne l'avez pas respectée. Vous obtiendrez l'autorisation d'exporter auprès de l'annexe de la banque centrale."

En sortant de ce bureau, j'avais le sentiment que je venais de pénétrer dans un labyrinthe bureaucratique. Je ne me sentais pas de taille à poursuivre seul le parcours. Je téléphonais au "facilitateur" qui m'avait aidé l'année dernière. Pas de réponse. Je décidais tout de même de poursuivre les démarches. Je me rendais à l'annexe de la banque centrale. Je rencontrais l'adjoint du directeur qui me dit : "Vous avez mal été informé. Ici vous ètes dans le bureau qui valide l'autorisation d'exporter. Pour obtenir l'autorisation d'exporter vous devez avoir une lettre de votre banque qui indique que vous avez importé des devises et que vous les avez changées légalement." Taxi. Heureusement que la ville n'est pas très étendue. L'employé chargé des opérations avec l'étranger n'était pas là. Je m'asseyais et attendais.

En Afrique, plus qu'ailleurs, on rencontre beaucoup de monde dans les banques. Dans un des bureaux j'apercevais l'un des acheteurs italiens que j'avais croisé quelques fois sur le port. J'allais vers lui pour lui demander conseils. Je lui parlais de cette autorisation d'exporter. Il me rétorquait qu'il n'avait aucune compétence dans ce domaine. Qu'il évitait ce genre de problème en ne faisant ici qu'un travail de contrôle des poids et des qualités. Puis il me raconta quelques anecdotes qui le confortait dans sa conviction de ne faire confiance à personne. Il se méfiait tellement qu'il ne manipulait aucune somme d'argent et qu'il payait la marchandise "optionée" que lorsque le cargo qui la transportait avait rejoint les eaux internationales.

Finalement l'employé que j'attendais arriva. Je lui présentais les bordereaux de change. Il me remit l'autorisation d'exporter et me dit que je devais passer aux douanes pour la faire agréer et payer les taxes. Taxi, retour au port, attente. Je suis reçu par l'inspecteur en chef dans un minuscule bureau. Il me dit qu'il aime bien rencontrer les français. Il me conseille de faire appel à un transitaire. Le soleil décline déjà. Vers dix-huit heures, je trouve un transitaire. Je lui remet tous les papiers. Il m'explique qu'il y a une série de "petits cadeaux" à faire aux douaniers. Je suis d'accord sur tout, même sur ses honoraires qui me semblent exhorbitants. Mon seul souci : quitter cette ville.

Le lendemain, le transitaire m'appelle : "J'ai tout réglé, venez me rejoindre au bureau de douanes." J'arrive. Il me tend le dossier et me dit d'aller payer les taxes. A l'accueil, un douanier examine le dossier, le transmet à un collègue qui me dit : "On va faire une visite réglementaire." J'étais surpris de ne pas être agacé par cette nouvelle tracasserie. J'avais certainement intégré le fait que la journée serait longue et pénible. Ou peut-être devenais-je fataliste ?

Dans la Mercedes personnelle du douanier, on se rend à l'usine. Dix minutes plus tard, ouverture de la chambre froide. Je m'attendais à ce que l'agent des douanes inspecte la marchandise sur place. Il me dit : "C'est l'inspecteur qui doit effectuer le contrôle". Il choisit un container au hasard. Retour vers le bureau. Sur la route, le transitaire et le douanier discutent dans un dialecte que je ne comprend pas. Parlent-ils de leur pouvoir d'achat et des diverses manières de l'améliorer ?

Dans le petit bureau, le container prend presque toute la place. L'inspecteur ordonne d'apporter du thé et me demande de d'ouvrir le container. Il jette un oeil à la marchandise et dit : "Vous allez vendre ces oeufs en France." Je réponds : "Il faut d'abord que je les exporte et que je les transforme en poutargue." Ce douanier est dans son rôle, posé, sérieux mais, contrairement à tous ces collègues, ni austère, ni taciturne. J'ai même l'impression qu'il pourrait être chaleureux. Je lui parle de mon travail, du commerce équitable et des subtilités administratives. Apparemment, cela ne l'interesse pas. "Vous n'avez pas la tête d'un trafiquant, vous pouvez aller payer les taxes." Je vais à la caisse, je paye, je reviens. L'inspecteur reprend : "La prochaine élection va être serrée, Sarkozy est bien placé, mais Chirac était mieux. Il avait tout compris à l'Afrique." Je répondais quelques banalités. Parler politique dans le bureau d'un fonctionnaire ne me semblait pas très indiqué...On ne sait ou cela peut mener.

On boit le thé. La conversation bifurque sur les qualités des différents thés que l'on trouve au marché, puis sur la culture de la menthe. Enfin, il me remet le dossier, l'autorisation d'exporter est visée. Je lui tends ma carte de visite. Il fait de même en me disant : "l'année prochaine, pour éviter tous les tracas, venez me voir dès votre arrivée."

Quinze heures déjà. Une chaleur étouffante. Taxi. Devant l'annexe de la banque centrale, le plancton est assis sous un palmier. Il se lève et me demande : "Ou allez-vous ?" Je réponds : "Je viens faire signer une autorisation d'exporter." Il me dit : "La personne qui s'en occupe est parti pour la capitale, il reviendra dans deux jours." J'insiste. Je demande à voir le directeur. Pas de chance. Lui, aussi n'est pas là, il reviendra dans trois jours.

Plus aucun doute, ici, il faut oublier toutes les règles et les codes appris ailleurs... Et être très très patient.

Deux jours à attendre. A l'hotel rien ne bouge, la saison touristique est finie. Je vais trainer sur le port. Le jour, l'atmosphère est toute différente. Beaucoup de mouvements, beaucoup de bruits. Je rencontre un classificateur, un de ceux que j'avais employé il y a trois ans. Poignée de mains. Il est devenu chef de production dans une usine. Il se réjoui de voir la pêche industrielle se developper. Son patron a transformé un entrepôt désaffecté en unité spécialisée dans le traitement du lambi, espèce jusqu'alors jamais péchée dans la région. Des contrats ont été signés. Les coquillages sont péchés par un dragueur chinois. Six travailleurs autochtones les traitent. Les sud-coréens les mangeront. Ainsi va la mondialisation.

Je m'éloigne du port. Bientôt devant moi une plage à perte de vue. Déserte. Ici, le paysage n'a probablement pas beaucoup changé depuis l'âge du bronze. Je marche au bord de l'eau. Le rivage est jonché de détritus de toutes origines. Bidon d'huile russe, canette de coca égyptien, Tetrapack de vin espagnol, sac plastique imprimé de caractères chinois, bols de soupe japonaise... Témoignage de civilisation !

Sur une bouée, à quinze mètres du rivage, un pécheur à la ligne. Il vit sur cette plage, dans une cabane faite de bois de récupération et de morceaux de vieux filets. Sur le sable ses deux chiens l'attendent. Pendant de longues minutes je l'observe. Quand il revient, il éloigne ses chiens et déverse le contenu de son sac. Deux mulets de belle taille et une grande dorade. Il vide les mulets et jettent les entailles aux chiens qui s'en régalent... Je n'avais jamais vu de chien manger des viscères de poissons. Adaptation au milieu ?

Difficile de communiquer avec ce pécheur. Je lui fais comprendre que je veux acheter la dorade. Il est d'accord. Je lui tend un billet. Ses mains sont souillées par les viscères. Son short n'a pas de poche. Il ôte sa casquette, je place le billet à l'intérieur, il remet sa casquette sur son crâne. Il sourit... "Du commerce équitable " comme cela, tout le monde veut en faire !

Le lendemain : ciel lumineux, grand beau temps. Rien à faire d'autre que d'aller me ballader. Je passe par le marché. Il y a deux ans, dans une échoppe, une femme essayait de vendre son huile de poisson. Extraite des têtes de mulets, riche en oméga 3, cette huile, présentée en capsules, est vendue sous d'autres cieux à un prix exorbitant. L'échoppe faite de bric et de broc est toujours là. La femme qui les vendait est toujours là. Quatre bouteilles sont alignées sur une étagère. Rien ne semble avoir bougé. La mode des oméga 3... C'est sur une autre planète.

Je retrouve la rue principale. Une voiture stoppe à ma hauteur. C'est mon collègue italien. Il me dit de monter. Il va acheter du pain. Dans la boulangerie-patisserie-salon de thé ; ça sent bon. Je plaisante : "la période coloniale a eu au moins un aspect positif : le bon pain français !" Je l'invite à s'asseoir et à prendre un verre.

On a commencé à parler technique. J'apprenais pourquoi et comment il avait organisé quasi-industiellement la fabrication de la boutargue. Comment il avait aménagé son usine en bordure d'une des plus grandes plantations de citroniers d'Italie. Pourquoi il avait choisit de faire travailler ses dix employés en deux équipes. Pourquoi il s'était associé avec un diplomé en management. Comment depuis quelques années il passait la majorité de son temps à parcourir le monde toujours à la recherche des oeufs de mulet.

Il me dit : "Il y a plus de vingt-cinq ans, j'ai compris que je devais collecter les oeufs ailleurs qu'en méditerrannée.

A SUIVRE...en cours de rédaction

La campagne 2006-2007 s'est bien achevée. Celles de 2008 , 2009 et 2010 aussi. J'ai encore bien des choses à dire, je raconterai tout cela plus tard, dès que j'aurai le temps. Pour l'instant, priorité à mon métier d'artisan fabricant de boutargue.


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